Un vendredi soir au PaPJazz


Il est 17:50 sur la Place Boyer, à Pétion-Ville, le vendredi 25 janvier 2019. Les gradins sont déjà remplis et le public étonnamment silencieux savoure la fraîcheur de cette fin d’après-midi de janvier pendant que les marchands ambulants installent leur achalandage le plus près possible des potentiels acheteurs.

Il est 18:05 quand fusent les premières notes du pianiste suisse Franck Salis qui introduisent Michael Watson qui surprend le public avec sa voix profonde et puissante de stentor.

Franck Salis et Michael Watson

Franck Salis et Michael Watson, c’est le classique New Orléans Jazz servi par des musiciens de talent qui ont su faire vibrer leurs cuivres et tenir en haleine un public déjà, dès le départ, acquis à leur cause et qui a chaudement applaudi la jeune chanteuse haïtienne de 14 ans, Wisie, qui sur l’invitation de Frank Salis et de Michael Watson, a su prouver qu’elle était digne de jouer dans la cour des grands .

Si le public a pu apprécier le talent du pianiste suisse, Franck Salis, qu’il connait déjà puisqu’il est à sa deuxième participation au Festival de Jazz de Port-au-Prince, et le jeu d’ensemble des cuivres tout à fait dans le classique registre New Orléans Jazz,  c’est surtout la puissance vocale de Michael Watson qui marque cette première performance de la soirée. Un Michael Watson ému par l’accueil qui lui a été réservé, qui s’est dit séduit par les gens qu’il avait pu rencontrer et qui serait très intéressé à revenir en Haïti pour quelques jours, comme un simple touriste, en dehors de tout projet musical.

Chelsea Green & the green project

Quelques minutes après la prestation de Franck et Michael, Chelsea Green et ses musiciens investissent la scène érigée sur la place Boyer et la musique prend une autre dimension, plus expérimentale, plus innovante. Virtuose est le seul mot qui convient pour décrire le talent de cette musicienne qui apporte un souffle nouveau à la musique avec son approche musicale très éclectique, fusionnant la technique classique traditionnelle avec la chanson populaire, se renouvelant en approchant des genres aussi différents que le R&B, la pop, le funk, etc.

Dotée d’une énergie débordante et d’un enthousiasme communicatif qui lui confèrent une incroyable présence sur scène, elle a su faire vibrer le public de la place Boyer qui l’a chaudement applaudie.

Le Dr Chelsea Green est professeur associée au département de cordes du Berklee Collège of Music et s’implique beaucoup dans l’éducation des jeunes.

Pasionnés et désireux de partager leur savoir et expérience, Chelsea Green et les musiciens de The Green Project travaillent avec des étudiants de tous les horizons et leur exposent les possibilités de ce que peut être la musique.

Konpa Flash-Back

Il est 20:00 et l’émotion est palpable sur la place Boyer. Ces monuments du konpa, venus du temps lointain des mini-jazz, sont enfin sur scène pour le plus grand bonheur des plus de cinquante ans, nostalgiques du bon vieux « tan lontan ». Les plus jeunes sont eux aussi impatients de découvrir ces artistes dont ils connaissent le nom et la musique mais que, pour la plupart, ils n’ont pas eu le privilège de voir évoluer. Henri Célestin, Robert Martino et Dadou Pasquet, idoles de la jeunesse d’hier, se préparent à emmener le public dans un paradisiaque voyage à travers le temps.

Dès les premières notes, c’est le délire. Les spectateurs, qui, jusque-là, étaient restés assis très sagement sur les gradins, viennent maintenant se masser devant le podium pour voir de plus près ces légendes de la musique haïtienne. Magistralement accompagnés des musiciens de Mizik-Mizik, les guitares de Dadou Pasquet et Robert Martino entament un dialogue proche du délire musical, un délire pourtant harmonieux qui permet de savourer et d’apprécier la virtuosité légendaire des deux guitaristes et qui atteint son paroxysme lorsque Dadou entame, à la manière de Jimmy Hendrix, les premières notes de la Dessalinienne et se retire sous les acclamations du public.

Dans la foule chauffée à blanc, c’est une ambiance de carnaval. Les anciens succès des Difficiles, des Gypsies font encore recette. Au grand étonnement de tous, les plus jeunes semblent être en terrain connu et chantent au diapason avec Henri Célestin qui, en dépit du temps qui passe, n’a rien perdu de sa verve ou de son énergie, ni de sa convivialité.

Des intermèdes plutôt chauds

Il est à noter qu’au cours de ce concert, il n’y a pas eu de temps mort,  la bande à pieds « Follow Jah »  créant avec son rara une animation carrément mortelle sur la place Boyer pour le plus grand bonheur des participants qui ne se sont pas fait prier pour danser.

Le PAPJAZZ, un festival qui s’impose

Un vendredi au PAPJAZZ raconte d’une certaine façon une semaine du Festival de Jazz de Port-au-Prince, un festival qui, chaque année depuis 13 ans, nous réserve d’agréables surprises et qui s’impose de plus en plus sur la scène internationale. Un festival qui devient un incontournable pour les amants de la bonne musique.

Patrice-Manuel  Lerebours
patricemanuel@gmail.com

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