Le secteur privé des affaires gagnant des marchés d’approvisionnement en eau et assainissement


Vue partielle de la page de couverture du rapport de la Banque mondiale.

Un rapport de la Banque mondiale décrit le niveau d’exploitation du secteur privé des affaires des marchés d’approvisionnement de l’eau et assainissement. « Regarder Au-Delà de la Provision par le Gouvernement des Services en Eau et Assainissement » est le titre du nouveau rapport rendu public mardi 29 janvier 2019.

La Banque mondiale (BM), dans ce document, révèle que le secteur privé exploite un marché urbain de l’eau très lucratif, ainsi que celui, en cours de développement, du traitement des matières fécales. On estimait en 2016 que le marché métropolitain de l’eau, y compris pour la consommation résidentielle et commerciale, s’élevait à 66,3 millions de dollars américains. 47 % de ce marché provient de la vente d’eau non traitée livrée par camion, 30 % de la vente d’eau en sachet, 13 % des ventes des kiosques d’eau privés. Seulement 10 % du total revient à la Direction nationale de l’eau potable et assainissement (DINEPA). Pour sa part, précise le prototype, le marché métropolitain de la gestion des boues de vidange est estimé à 7,3 millions de dollars. Les revenus générés par l’établissement de traitement des boues de vidange, géré par l’Office régional d’eau potable et d’assainissement (OREPA) Ouest, représentent moins de 1 % du marché, lit-on dans le document.

Ce compte-rendu ajoute que malgré des prix prohibitifs, 59 % des 40 % les plus pauvres en région métropolitaine recouraient au secteur privé pour leur consommation d’eau potable et / ou leurs besoins ménagers. De plus, alors qu’environ 55 % des 40 % les plus pauvres en région métropolitaine avaient accès au réseau public, seulement 38 % l’utilisaient pour boire. Les pauvres métropolitains privés d’accès à l’eau courante achètent généralement de l’eau traitée par osmose inverse (OI), vendue par des kiosques d’eau privés, pour satisfaire leurs besoins en eau potable, et achètent de l’eau non traitée provenant de l’aquifère de Cul-de-Sac pour leurs besoins domestiques. Cette eau est distribuée par des entreprises de transport routier. Souvent, les ménages possédant un réservoir ou une citerne stockent cette eau et la revendent à leurs voisins. Aussi poursuit le rapport, l’eau traitée par OI et l’eau des camions sont, en moyenne, respectivement 27 et 10 fois plus chères que l’eau du secteur public, avant de rappeler qu’en 2012, un ménage métropolitain moyen consacrait 10 % de son budget total à l’achat d’eau, un pourcentage incroyablement élevé.

 Les grandes entreprises dominent le marché de l’eau

Trois grandes compagnies fournissent plus de 75 % de l’eau traitée par OI vendue dans les kiosques privés. Ces kiosques – on en compte environ 2 000 à Port-au-Prince – sont franchisés par des entreprises de traitement des eaux, avec les revenus des ventes partagés sur le principe du moitié-moitié. Le marché de l’eau en sachet est également très concentré, avec une distribution atomisée. Les entreprises d’ensachage vendent aux grossistes, qui revendent à de grands ou petits détaillants, qui fournissent enfin les sachets à des vendeurs à la criée. On estime qu’environ 24 500 familles à Port-au-Prince dépendent du marché de l’eau pour vivre (soit environ 4,4% de la population métropolitaine), même si seulement 830 individus sont directement des employés du secteur public.

Pour sa part, la demande en services de vidange des fosses septiques et en traitement des matières fécales est faible, et elle est exclusivement assurée par le secteur privé. Bien que tous les ménages de la région métropolitaine de Port-au-Prince utilisent des toilettes non reliées au réseau, avec environ 6 % des ménages pratiquant la défécation à l’air libre, seulement 5,4 % des latrines dans les zones à faible revenu ont déjà été vidangées, indique le rapport. Dans la plupart des cas, les habitants rapportent que leurs latrines n’ont jamais été remplies. « En fait, quand leur fosse se remplit, les habitants préfèrent souvent creuser une nouvelle fosse, car cela revient moins cher que de payer un vidangeur, ou parce que les vidangeurs n’ont pas accès à la fosse initiale », expliquent les réalisateurs du rapport.

D’un autre côté, les études menées par la BM montrent qu’une seule entreprise domine le marché de l’élimination des boues de vidange. Elle offre ses services aux plus riches, tandis que les pauvres doivent se passer de ses services. Différentes méthodes de vidanges, manuelle, mécanique et hybride, sont disponibles pour les consommateurs, constatent les enquêteurs ajoutant que la qualité du service dépend, dans une large mesure, de leur volonté et capacité à payer.

En outre, à Port-au-Prince, bien que sept entreprises de camionnage déversent régulièrement des eaux usées ou des boues de vidange dans les installations de traitement de la DINEPA, une seule domine le marché, à destination de riches ménages et de clients institutionnels. Quoique moins chère, la méthode manuelle reste hors de portée des plus pauvres. Les vidangeurs mécaniques et manuels déversent illégalement les matières fécales à l’extérieur de l’installation de traitement de Morne-à-Cabrit. Une ONG teste actuellement un nouveau modèle de traitement des matières fécales, couvrant l’ensemble de la chaîne de traitement, grâce à l’emploi de composteurs. Cette méthode pourrait devenir une bonne solution pour aider les citadins pauvres, détaille le rapport.

Soulignant que l’atteinte de l’Objectif de développement durable (ODD) 6 d’ici à 2030 nécessitera d’adapter la manière d’intervenir et d’investir en l’eau, d’assainissement et d’hygiène (EAH), la Banque mondiale recommande au gouvernement haïtien d’opérer en toute urgence un changement de paradigme dans sa gestion du secteur de l’eau, assainissement et hygiène. Il suggère à cet effet trois points d’entrée pour optimiser l’impact socioéconomique des faibles ressources budgétaires consacrées au secteur de l’approvisionnement en eau et assainissement (AEA). Il s’agit notamment de cibler plus finement les zones les plus dépourvues en AEA et augmenter le financement public dans ces zones; de travailler de manière transversale pour que les interventions en EAH obtiennent de meilleurs résultats en matière de santé; de reconnaître et exploiter la prédominance du secteur privé dans les services d’AEA dans les zones urbaines en ajustant le rôle de l’État.

Pour y parvenir, ce travail demande un effort coordonné de multiples institutions publiques (ministère de la Santé publique et de la Population, ministère du Commerce et de l’Industrie, DINEPA…) au-delà du secteur d’AEA, conclut la Banque mondiale.

Therno N. A. Senelus

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