Les défis économiques à relever en 2019


La stabilité macroéconomique d’Haïti, durant ces dernières décennies, est affectée par de chocs internes,   climatiques et sociopolitiques. Cette conjoncture conduit à une récession des activités de l’économie réelle. En 2019, les causes et séquelles sont encore là et les défis économiques à relever sont énormes…

Les prévisions de 2,8 % de croissance n’ont pas  été atteintes en 2018. Pour  le moins, durant cet exercice fiscal, seulement 1,5 % a été atteint. 2019, sera une année relativement difficile, laissent présager d’ailleurs les autorités monétaires du pays. Et, en fait, un mauvais début d’année est déjà constaté. Celui-ci est caractérisé par la continuité de la cherté de la vie, l’augmentation du panier de la ménagère et la baisse continue du pouvoir d’achat des consommateurs finals qui en paient les frais.

À énumérer les défis à relever par les gouvernants pour cette année, ils  sont   nombreux.   Parmi   eux, les prévisions de croissance des recettes douanières ratées en 2018, problème que l’État devra adresser. Si on avait l’habitude de collecter sept à huit milliards de gourdes mensuellement, pour l’année 2018, la collecte mensuelle a été de 4,5 milliards et pour la projection globale de  l’exercice,   on   n’arrive à collecter que 78,9 milliards de gourdes sur les 99 milliards projetés, selon des chiffres disponibles. L’État doit aussi trouver des mécanismes pour combler le déficit sur les pertes des  produits pétroliers   estimées  à près de 16 milliards de gourdes, agir sur la pression fiscale qui est la plus faible de la région caraïbéenne, et l’inflation à deux chiffres qui perdure, depuis 40 mois environ.

De surcroît, la réduction du déficit de la balance des paiements chiffré à 168 millions de dollars, l’un des facteurs du problème du change, notamment la rareté du dollar sur le marché local, doit être également prise en compte. Il y a bien d’autres facteurs qui ne sont pas évoqués dans ce texte à mettre en relief parmi les défis économiques à relever en 2019.

D’un autre côté, malgré la hausse des exportations de 8,7 % pour atteindre la barre de 1,1 milliard  de gourdes, elles sont minimes comparativement aux importations qui ont augmenté de 26 % par rapport à l’année dernière pour atteindre la barre de 5,5 milliards de  dollars américains.  De   l’avis de  certains économistes,   Haïti doit miser sur une augmentation d’exportation pour réduire le déficit de la balance commerciale, pas totalement des transferts de devises qui continuent de croître à environ 3,7 milliards de dollars. Ce choix doit nécessairement passer par la production des biens et services, dit- on.

Combattre l’insécurité ali- mentaire

Alors que les données montrent que la situation de la sécurité alimentaire de la population est précaire, c’est une préoccupation d’ailleurs, durant l’année 2019, l’administration de Jovenel Moïse doit impérieusement lutter contre l’insécurité alimentaire dans le pays. Cela pourrait s’aggraver si rien n’est fait pour atténuer l’effet de ce phénomène chronique.

En effet, dans son dernier rapport de classification de la phase de sécurité alimentaire (IPC) en Haïti (octobre- décembre 2018), la Coordination nationale de la sécurité alimentaire (CNSA) a souligné la carence d’aliments qui menace près de 2,6 millions de personnes en Haïti, soit 38 %. Si la situation se perpétue, 571 mille autres personnes seront dans une situation d’urgence alimentaire entre mars et Juin 2019, a précisé la CNSA dans son bulletin d’information.

Dans ce rapport, la classification de la sévérité et des causes de l’insécurité alimentaire montre deux phases: la phase stress pour trois départements concernés : Nord, Centre et l’Ouest (1,3 à 2,1 millions de personnes) ; la phase crise : Six départements concernés

: Grand’ Anse, Sud, Nippes, Sud- Est, Nord-Ouest, Nord-  Est  (2  à 2,6 millions de personnes). Cette dégradation est due aux facteurs principaux : sécheresse, hausse des prix, instabilité socio-politique et vulnérabilité structurelle, a expliqué la CNSA.

La CNSA, dans sa dernière note dont L’Union détient une copie, a révélé qu’il existe une détérioration significative de la sécurité alimentaire et de la situation nutritionnelle des ménages ruraux. Selon la classification de l’IPC phase 3, près de 2,2 millions de personnes font face à une insécurité alimentaire aiguë dont 386 000 dans une situation d’urgence alimentaire en phase 4.

Selon la phase 2 de l’IPC, d’octobre 2018 à janvier 2019, certaines zones de moyens  d’existence  resteront en Stress; d’autres, en minimale (phase 1). Toutefois, des ménages touchés par la sécheresse (dans le Nord et le Nord-Est),  pourraient se retrouver en crise, d’après l’IPC phase 3 s’ils n’anticipent pas des chocs antérieurs.

En termes de perspectives sur la période projetée de mars à mai 2019, les prévisions météorologiques indiquent la probabilité du maintien du phénomène El Niño au cours du premier trimestre de l’année 2019. De plus, la persistance de l’inflation et de la dépréciation de la gourde ainsi que la période de soudure sont autant  d’éléments qui  postulent en  faveur  d’une dégradation   de la situation. Toutefois, cela ne changera pas pour autant la phase de classification de l’ensemble des zones, à l’exception du Sud et du Nord-Ouest qui passeront de la phase de stress (phase 2) à la phase de crise (phase 3).

Rendre effectives les campagnes agricoles

Comme tout autre défi à relever par l’administration de Jovenel Moïse, l’opérationnalisation des campagnes agricoles est pour le moins inéluctable. Celle-ci permettra aux responsables du secteur agricole d’accompagner les paysannes et paysans qui s’adonnent à ces activités. À cette  fin,  la  mise en branle de ces activités agricoles favorisera une augmentation de la productivité et production dans le secteur qui contribue pour l’heure à près de 20 % du PIB.

Principaux constats : la réalisation des campagnes agricoles (printemps et hiver notamment) par le ministère de l’Agriculture des Ressources naturelles et du Développement rural   (MARNDR)   n’est    pas visible ces dernières années. Les producteurs agricoles s’enplaignent. Et de fait, pour la campagne agricole d’hiver 2018, un peu partout, à travers le pays, les agricultrices et agriculteurs affirment n’avoir reçu aucun appui du Ministère en dépit de nombreuses promesses qui ont été faites. Ces fermiers qui critiquent vêtement le laxisme des dirigeants du ministère de l’Agriculture, appellent à l’aide pour mener à bien leurs activités agricoles durant la prochaine campagne agricole de printemps 2019. Cette assistance devrait notamment  se   traduire en un appui (intrants, semences, crédits, matériels…) pour la mise en place de cette campagne agricole.

Soulignons au passage que l’Institut haïtien de statistique et d’informatique (IHSI), dans son dernier bulletin, révèle que l’Indice global de l’indicateur Conjoncturel d’activité économique (ICAE) de la branche agricole, considérée comme la plus importante composante du secteur primaire, a enregistré au cours du quatrième trimestre de l’exercice fiscal 2017-2018 une variation interannuelle de -1,5 %, contrairement à la hausse de 6,9 % affichée à la même période de l’année antérieure. Aussi, l’agriculture est le maître-mot de l’administration de Jovenel Moïse.

THERNO N. A. SENELUS
therno125@gmail.com

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