Une année assez difficile


Au cours de l’année 2018, l’économie haïtienne a été agonisante. Marquée par une baisse continue d’activités économiques, l’année s’est achevée avec une croissance économique en berne, fonction production et productivité.

Hausse de l’inflation, décote accélérée de la gourde, baisse continue du pouvoir d’achat, production et productivité agricole effritées sont parmi les principaux facteurs ayant marqué l’année 2018. La situation socioéconomique de la population donc se désagrège. Entre autres indicateurs, d’un côté, le taux d’inflation qui se chiffrait en janvier 2018 à 13,2 % pour atteindre la barre de 14,5 % en novembre 2018. De l’autre, la dégringolade accélérée de la gourde : le taux de change qui était 63,8271 pour un dollar américain en janvier 2018 est passé à 77,75 gourdes pour un dollar au mois de décembre 2018, et le taux moyen d’acquisition est de 77,5239 gourdes affiché par la Banque centrale.

Conscient de ce phénomène, l’État haïtien a tenté en vain d’adopter des mesures pour combler cet écart. Entre autres mesures, un arrêté présidentiel du jeudi 1er mars 2018 portant obligation de libeller les transactions commerciales sur le territoire national en monnaie nationale : la gourde. Une décision qui a fait des remous (positifs et négatifs) tant du côté du secteur privé des affaires que celui de la population. Cette mesure allait être rappelée par l’administration suite aux protestations de la classe économique.

Un autre facteur a une incidence néfaste sur les conditions de vie de la population. Il s’agit des campagnes agricoles négligées durant ces dernières années.  Cela engendre la non-disponibilité et non-accessibilité alimentaire sur le marché. En fait, la réalisation des campagnes agricoles pourrait permettre aux producteurs agricoles de trouver un encadrement non seulement pendant les périodes d’ensemencement mais aussi dans les moments de récolte. Pour l’année 2018, le ministère de l’Agriculture a raté la campagne agricole de printemps : les exploitants se plaignent du fait que le MARNDR ne leur a donné aucun encadrement (ni technique ni financier). Ces derniers ont réalisé la campagne avec leurs propres moyens. Même situation pour la campagne agricole d’hiver 2018 : l’équipe responsable de cette campagne au ministère avait informé le Journal que celle-ci allait être lancée dans le département du Sud, ce qui tarde encore à date.

 Dans cette même lancée, un autre évènement a engendré la pire situation socioéconomique du pays : les émeutes des 6, 7 et 8 juillet 2018 qui ont détérioré les prévisions pour l’exercice fiscal 2018-2019 dont le premier trimestre se clôture avec des notes négatives.

Hausse des prix des produits alimentaires

Les chiffres de l’Institut haïtien de statistique et d’informatique (IHSI) montrent que toutes les fonctions de consommation ont grimpé au cours du mois de novembre 2018. Ainsi, l’Indice des prix à la consommation (IPC) base 100 en 2017-2018 se chiffre à 109, 6 contre 108,1 le mois précédent, accusant ainsi un taux de croissance mensuel de 1,4 % et un glissement annuel de 14,5 %. Cette hausse de l’inflation est due au comportement des fonctions telles que : « Produits alimentaires et boissons non alcoolisées » (1,5 % sur un mois et 16,8 % sur un an), « Meubles, articles de ménage et entretien courant du foyer » (1,9 % sur un mois et 18,7 % sur un an), » Santé » (2,1 % sur un mois et 22,1 % sur un an) et « loisirs » (3,2 % sur un mois et 24.8 % sur un an).

En effet, les produits qui ont le plus contribué à la variation annuelle sont : Alimentation : riz importé (24,7 %), viande (21,5 %), morue (22,4 %), chadèque (24,0 %), banane (22,8 %), manioc (28,5 %), arbre véritable (30,5 %). Meubles, articles de ménage…: inventer (20.7 %), réchaud (21,7 %), réfrigérateur (30,8 %), insecticide (27,9 %). Santé : médicament (27,2 %), lunettes à verres correcteurs (14,3 %) et frais d’hospitalisation (16,1 %).  Loisirs : radio (30.1 %), abonnement télévision (39,6 %) et cinéma (32,8 %).

Il convient de noter la forte accélération, en glissement annuel, de l’indice des prix des produits importés (16,6 %), alors que l’indice des prix des produits locaux n’a crû que de 13,8 %. Enfin, l’augmentation des prix dans toutes les régions géographiques ont contribué à l’inflation du mois de novembre 2018 au niveau de l’ensemble du pays. Toutefois, les variations annuelles les plus marquantes sont observées dans les régions transversales : Centre et l’Artibonite,
(15,3 %) et Aire métropolitaine de Port-au-Prince comprenant les communes de Port-au-Prince, Delmas, Pétion-Ville, Carrefour et Croix des Bouquets (14,5 %). Notons que le volume des importations d’Haïti est autour de cinq milliards de dollars contre un milliard de dollars pour les exportations, selon les données disponibles.

 Au même titre que l’IHSI, selon l’évaluation de la Coordination nationale de la sécurité alimentaire (CNSA), le panier de la ménagère a connu une hausse de 8 % au cours du deuxième trimestre de 2018. Et, la situation se putréfie en cette fin d’année. Les augmentations de 2018 représentent une augmentation de plus de 19 % comparativement aux deux dernières années. Bien que ces produits : viandes, œufs, poissons, produits laitiers et fruits ne fassent pas partie du panier de la ménagère, la CNSA a fait remarquer que ces derniers ont également connu une augmentation significative.

À ce sujet, pour comprendre l’état actuel du panier de la ménagère, le  Journal a réalisé un travail de collecte des prix dans des centres commerciaux, où commerçants et consommateurs s’accordent sur la hausse exagérée des produits de première nécessité. Pour justifier, la grande marmite d’haricot noir produit localement varie entre 350 et 375 gourdes. Les divers types de riz haïtien et américain ont enregistré une hausse au cours de cette période. La marmite de riz américain Tchako et Méga est à 250 gourdes. Pour le riz produit dans le bas-Artibonite, le Sheilla se vend à 450 gourdes, Lacrète à 350 gourdes (prix à Pont-Sondé), la grande marmite. Toutefois la variété haïtienne de TCS 10 est à 250 gourdes la grande marmite, la marmite de maïs moulu se vend à 175 gourdes.  Les autres produits dont la farine de blé et l’huile de cuisson ont connu également une hausse significative comparativement aux six premiers mois de l’année 2018.

Pour ce qui est des produits importés, leur hausse est le résultat de la décote accélérée de la gourde par rapport au dollar américain, ont expliqués des marchandes. En raison de la hausse des prix, les vendeurs de différents centres commerciaux font état d’une baisse des ventes. Précisons que les produits de base qui constituent le panier de la ménagère en Haïti : le riz, le maïs, la farine de blé, les haricots, le sucre et l’huile végétale, ont vu une augmentation excessive durant cette fin d’année.

 Suite aux différents problèmes qu’a connus le pays durant toute l’année 2018, l’administration de Jovenel Moïse s’engage à aider les jeunes à sortir de ce marasme économique. Pour ce faire, un programme d’innovation et d’insertion professionnelle des jeunes pris par arrêté présidentiel le 21 juillet 2017 a été mis en branle. Après les travaux de base dans les différents départements géographiques du pays comprenant : sélection, formation, choix des projets, le Programme d’appui à l’entrepreneuriat jeunesse (Papej) met donc en exergue près de 150 nouvelles entreprises pilotées par des jeunes. Lancé le mercredi 11 octobre 2018, le Programme d’appui à l’entrepreneuriat jeunesse permettra à ces jeunes – présentant chacun un projet viable retenu par le ministère du Commerce – de bénéficier des prêts à un taux préférentiel de 3 % l’an avec une période de grâce de 12 mois, selon une note conceptuelle.

Therno N. A. Senelus
therno125@gmail.com

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