L’objectif de croissance 2,6 % raté


Après deux années consécutives de croissance en dessous de la barre de 2 % (1,2 % au terme de l’année fiscale 2017, contre 1,5 % en 2016), tout laissait présager un lendemain meilleur à l’économie haïtienne en 2018. Dans cette vague d’optimisme, le gouvernement haïtien et les organismes internationaux misaient sur un taux de croissance du PIB au-delà de la barre de 2 %. Cependant, face aux tensions sociales et politiques conjuguées à une dégradation du climat des affaires qui se sont développées au second semestre de l’année 2018, l’économie haïtienne risque de louper encore sa cible. 

Après avoir limité les dégâts de justesse lors de l’exercice fiscal 2016-2017, tout laissait présager une lueur d’espoir pour l’économie haïtienne en 2018. Contrairement aux exercices précédents, le premier semestre de l’exercice 2017-2018 n’avait pas été entaché de menaces naturelles, ouragans, cyclones ou séismes. Au cours de la première partie de l’exercice 2017-2018, il y avait un calme relatif avec très peu de manifestations de rue et de mouvements de grève, facilitant  ainsi un climat plus propice aux affaires. Un contexte qui semblait être favorable à l’atteinte de l’objectif de 2,6 % et de 2,2 % de croissance du produit intérieur brut (PIB) que prévoyaient respectivement le gouvernement haïtien et la Communauté économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC).

Une prévision de croissance que les institutions mentionnées ci-dessus avaient réalisée tout en anticipant l’évolution future de certains facteurs économiques. D’une part, l’Institut haïtien de Statistique et d’Informatique (IHSI) avait conditionné l’atteinte de cet objectif notamment par la relance effective et soutenue des activités agricoles, la redynamisation du secteur des Bâtiments et Travaux publics et l’amélioration continue du climat des affaires. De son coté, la prévision de la CEPALC se basait sur une relance des investissements publics dans les infrastructures agricoles et des réformes en cours de réalisation pour augmenter l’offre des services de base durables, dans un contexte de stabilisation du taux de change combinée à une diminution du rythme de progression de l’inflation.

Cependant, la seconde moitié de l’exercice 2017-2018 allait être dominée par des troubles socio-économiques et politiques qui allaient avoir de lourdes conséquences sur la croissance de l’économie haïtienne. À titre d’exemple, les émeutes du 6 au 8 juillet ont occasionné la perte de plusieurs centaines d’emplois formels dans le secteur commercial. De plus, la branche d’activité «Restaurant et hôtels» n’a pas été épargnée par ces mouvements de revendications. Une note d’information publiée par la BRH au cours du mois d’octobre 2018 a dressé un bilan économique sombre de ces événements.

La note de la BRH faisait état d’une perte de plusieurs centaines d’emplois formels dans le secteur commercial en guise de dommages matériels importants comptabilisés par la branche. Fortement dépendantes des arrivées de la diaspora haïtienne, surtout pour la période d’été, les activités de celle-ci ont été grandement paralysées. Pour rappel, la branche d’activité renfermant les secteurs «Commerce, Restaurants et Hôtels, Transport et Communications et les Autres  Services marchands» avait généré une valeur ajoutée équivalant à 7,6 milliards de gourdes à prix constants lors de l’exercice précédent. Rien ne laisse croire qu’elle pourrait réitérer une telle performance au cours de cet exercice.

S’agissant du secteur agricole contribuant à plus de 20 % dans le PIB, celui-ci faisait face à une faible pluviométrie, par rapport à la normale, au cours du quatrième trimestre de l’exercice 2017-2018. Les retards et les faibles précipitations pluviométriques, bien que les estimations officielles ne soient pas encore disponibles, pourraient avoir des incidences négatives sur les performances agricoles du printemps. Cette situation risque de contribuer à la hausse de certains produits agricoles et précipiter certaines zones du pays dans une situation d’insécurité alimentaire modérée. Hormis les troubles sociaux et politiques, l’économie haïtienne a dû faire face à une poussée à la hausse du niveau général des prix et une dégradation du taux de change, des finances publiques et de la balance commerciale. Dans une telle conjoncture, faut-il s’attendre à une révision à la baisse du taux de croissance du PIB ? Ce qui, en quelque sorte, deviendrait une habitude pour ces trois dernières années.

Toutefois, il est impératif de prendre des mesures appropriées afin de permettre à l’économie haïtienne de souffler un peu lors du prochain exercice. Ce qui ne peut être réalisé sans une stabilité politique et macroéconomique. Dans le cas contraire, l’économie haïtienne en paiera assurément un lourd tribut notamment par une augmentation du taux de chômage, de l’inflation, du taux de change et une dégradation continue du climat des affaires.

Pierre Ricardo Placide

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